Lardux Films
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, Court Métrage , animation

Un projet de film d’animation réalisé par Cheng Hua, co-écrit avec Julie Nobelen,
en coproduction avec Folimage

Le projet est soutenu au développement par le Fonds d’Aide à l’Innovation du CNC

Chenghua Yang est un talent pur de l’animation. C’est à travers son court-métrage Le Cancre, adapté du poème de Prévert et réalisé pour la collection d’En sortant de l’école que j’ai découvert son travail. L’énergie de son trait et de son animation en font une artiste singulière à la croisée des influences chinoises et européennes.

Ce projet de court-métrage d’animation est co-écrit avec Julie Nobelen, binôme indissociable de tous les travaux de Bastien Dubois, qui s’essaye maintenant à la co-écriture avec d’autres artistes. Nous associerons Chenghua à Ines Sédan une animatrice/réalisatrice expérimentée.

Toutes deux nous proposent à travers l’histoire de Wen de suivre la perte de confiance en soi suite à une rupture amoureuse. Wen subit de plein fouet une dépression nerveuse et tente de reconstruire (au sens littéral) son image. C’est un sujet qui a été maints fois traités au cinéma, en littérature, via la musique... mais ce qui est nouveau avec ce projet est la folie du propos et la proposition formelle qui l’accompagne :
- la logorrhée de Wen, qui oscille entre état d’esprit négatif et positif, sans sembler ne jamais pouvoir s’arrêter - l’insurrection du corps de Wen qui, à travers les mini-elle, décide d’évacuer hors de lui tout ce qui se réfère au souvenir douloureux - la transformation de ce corps liée à l’évolution de l’esprit de Wen, qui rappelle le poème Encore des changements d’Henri Michaux, et qui nous amène sur un territoire à la frontière du surréalisme.

Suite à une rupture, Wen se renferme et sombre dans la mélancolie. Son corps se rebelle et prend la liberté de s’exprimer, que ce soit par la danse ou la somatisation.
Elle n’arrive à parler à personne et se parle donc beaucoup à elle-même. Son monologue nous emmène au travers de ses épisodes maniaco- dépressifs tout en révélant son caractère profondément optimiste.
En se remettant en cause et en comprenant que ce n’est pas l’amour qu’elle a perdu mais sa confiance, elle pourra se réconcilier avec elle- même et se sentir prête à aimer de nouveau.

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NOTE D’INTENTION

Ce film s’inspire de la vie de la réalisatrice. Suite à une rupture difficile, elle qui ordinairement présente un caractère extraverti, s’est repliée sur elle-même. De plus en plus, elle regardait ses ongles et grattait sa peau. Alternant des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs, la peur de parler aux autres l’a amenée à beaucoup se parler à elle-même. Les mots s’accumulaient dans son cœur mais ne sortaient pas de sa bouche. Durant cette période, elle s’est beaucoup exprimée en dessinant et c’est ainsi qu’est née l’idée de ce projet. Bien que traitant de la mélancolie à travers le trouble bipolaire, ce film est profondément optimiste.

Faire le deuil d’une relation, d’une personne est un long processus qui diffère pour chacun d’entre nous. Wen, notre personnage, va parvenir à se reconstruire et à gagner en confiance. Pour en arriver là, nous pensons qu’il est essentiel de montrer ses qualités mais aussi son côté sombre et ses faiblesses.

Quand on parle de rupture amoureuse, on pense généralement aux maux de l’âme. Mais qu’en est-il est mots du corps qui lui subit tout cela ?

Le corps peut s’exprimer par un langage poétique et conscient en se mettant en mouvements et par un langage médical et inconscient en somatisant le mal-être. C’est parce que le corps peut extérioriser ses sentiments par la gestuelle que nous allons pouvoir mettre en scène sa manière de communiquer, transcendée par des mouvements dansés.

Nous voulons montrer ce qu’il se passe quand la douleur est si forte qu’elle en devient physique : le coeur se brise, le ventre fait mal, les mains portent les ongles à la bouche pour qu’elle les ronge, des plaques rouges apparaissent pour être grattées encore et encore...

Nous nous attarderons sur les mains, outils de la création, de l’action et de la communication universelle.

La douleur peut être tellement envahissante qu’elle occulte tout ce qui existe pour ne laisser la place qu’au souvenir. Wen est seule. Ses repères n’existent plus, le monde est vide de sens.

Le décor sera donc blanc avec un faux fixe de texture de papier. L’image de Wen est ainsi renvoyée à ce non-décor, ce « rien », au risque de s’y perdre. A certains moments, sa robe blanche n’aura pas de contours et Wen se fondra dans cette immensité de blanc.

La voix de Wen est une voix intérieure. Bien qu’elle n’extériorise pas sa douleur par la parole, elle pense sans cesse. Elle se questionne, se confesse, se remet en questions. Son monologue nous fait partager ses pensées intimes et nous permet de suivre son cheminement, son évolution.

INTENTIONS GRAPHIQUES

L’introduction et la conclusion du film se passent à l’intérieur du corps de Wen. Le style graphique est différent du reste du film lorsque l’action se déroule en Wen.
A l’intérieur, le fond sera noir, en faux fixe, avec des textures d’encre de Chine. Le dessin sera lâché, dans un style naïf. L’ensemble sera plus brut, plus instinctif.
A l’extérieur, le trait sera plus précis, plus net. Le fond sera blanc.

Comme la danse, l’animation est créatrice de mouvements. La référence principale pour le personnage de Wen sera la danse butō.

Plus qu’une danse codifiée, le butō se rapproche de la performance artistique, transgressive. Né au Japon dans les années 1960, il est l’art de la détresse d’un Japon brisé par la Seconde Guerre mondiale et le feu nucléaire. Le butō est l’expression d’une angoisse existentielle, en quête d’une identité perdue. A travers la lenteur aérienne des mouvements, les muscles des danseurs se crispent dans des douleurs muettes. Le dépouillement de la forme, du formel offre une invitation à vivre dans sa propre chair le monde intérieur du danseur.

Un tournage avec une danseuse de butō sera prévu en complément pour servir de référence aux animateurs. Les poses clés seront analysées, réanimées et re-timées. Cela permettra un style d’animation réaliste, sans être de la rotoscopie.

L’animation des mini demoiselles sera plus cartoon, leur donnant un caractère plus enfantin. La différence des styles permettra de renforcer le contraste avec Wen.
Techniquement, le film sera animé à l’ordinateur mais la couleur se fera à la main à l’encre de Chine et à l’aquarelle. Ces techniques à base d’eau souligneront cet élément fondateur, composant majoritaire du corps. Symbole de la féminité, l’eau est protectrice, source de vie, régénératrice mais aussi destructrice. Synonyme de liberté, elle s’infiltre partout.

Coloriser à la main permet de laisser libre cours au pinceau en gardant un trait lâché. Le caractère changeant de l’eau se retrouve dans la variation d’épaisseur du trait et les « accidents » impossibles à l’ordinateur.

Seules trois couleurs seront utilisées. Le blanc pour la pureté, l’innocence. Le blanc du décor se retrouve dans la robe de Wen qu’elle arrache au moment de se mettre à nu. Le rouge pour les émotions : honte, colère mais aussi passion et désir sexuel. Le noir pour la négation, le renoncement, la tristesse, le désespoir, l’inconnu et le deuil.

Chenghua