Lardux Films
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Le nouveau projet de Jérome BOULBES

2017 , Court Métrage , animation

un film de Jérôme Boulbès

Avec le soutien du CNC (Aide au programme), et de la Région Hauts de France, la participation de Arte et le soutien de la Procirep et de l’Angoa

« Le Pont des Broignes » est notre septième collaboration avec Jérôme Boulbès.
Ce qui nous intéresse dans ce nouveau film est l’intention narrative qui l’accompagne, le fait que Jérôme revienne à une volonté de nous raconter une histoire émouvante et poétique comme il a pu le faire à ses débuts avec Le Puits (1999), La mort de Tau (2001) et Rascagnes (2003), en y ajoutant les aspects plus conceptuels et étranges de ses films Eclosion (2006), Masques (2009) et Le Printemps (2012).

Le sujet qu’il aborde est traité sous la forme d’une chronique villageoise imaginaire et du temps qui passe. Avec un ton nostalgique, LE PONT DES BROIGNES nous conte la vie d’une petite communauté à travers la vie de la Touille, une femme courageuse et passionnée, par son travail et ses amis, patronne d’une taverne au sein d’un hameau de cabanes isolées dans un estuaire marécageux.

Dans LE PONT DES BROIGNES, l’histoire est tendre et sensible, et à la fois triste et légère. Une fois de plus, avec beaucoup d’élégance et de légèreté, Jérôme crée un univers attendrissant, surnaturel par ses personnages et réel par ses décors, dans lequel les forces de la nature, les éléments et les êtres vivants nous racontent quelque chose de notre humanité, de notre rapport à la mort.

Un film où domine la tendresse pour les personnages, l’empathie pour ces êtres mi-humains mi- animaux, avec comme perspective un certain sens du bonheur.

Le « Pont des Broignes » est l’histoire d’un lieu avant d’être une histoire de personnages. C’est aussi un film sur la nostalgie, sur le passage du temps. C’est un film qui essaie de transmettre le sentiment du temps long dans un court métrage.
Le village est au départ un endroit « merveilleux ». Des créatures et des plantes fantastiques le peuplent, le survolent, le traversent. C’est aussi un microcosme centré sur lui-même.

Puis il s’agrandit, s’ouvre au monde. De naturel, le merveilleux devient manufacturé, bricolé, exotique : tissus bariolés et épices colorées, gramophones et chambres photographiques.

Le monde extérieur entoure le village, le recouvre et l’englobe en l’ignorant. Le Grand Pont de briques passe en aval, laissant le hameau en dehors de la modernité. Les ballons dirigeables et autres machines volantes le survolent sans le regarder, chassant les créatures volantes du début.

Le village devient un lieu sans identité, un no-man’s land inconstructible, à la fois au milieu de tout et de nulle part.

Puis dans un dernier retournement, un nouveau village, une nouvelle communauté, se forment sur les mêmes lieux, fondés par une nouvelle génération venue de l’extérieur et à la recherche d’harmonie et d’authenticité.

Le personnage principal, la Touille, et son bar, sont les témoins de cette évolution. Ils en sont les marqueurs temporels, vieillissant avec les habitants, jusqu’au départ final de la Touille et la reprise de son établissement par de jeunes gens.

La mise en scène

Le « Pont des Broignes » est un film très dense, avec beaucoup de personnages, des actions de groupes, des créatures variées. Il se déroule sur une période très longue – une vie.

Mais à la manière de certains tableaux de Bruegel, dans de nombreuses scènes, tout se superposera plus ou moins, pour décrire une « ambiance » plutôt qu’une « histoire ». Une action au premier plan disparaît pour laisser la place à une action secondaire, qui devient l’action principale et ainsi de suite.

La première partie, la jeunesse de la Touille, doit passer rapidement, sans que l’on ressente vraiment le passage du temps, malgré les personnages qui vieillissent, les enfants qui grandissent. Les personnages ne prennent pas le temps de regarder derrière eux.

Et puis soudain, il doit être évident que le temps est passé, qu’il ne reviendra plus, et que le village et la candeur du début ont disparu. La fin semble se rapprocher, mais il reste encore de nombreux événements à venir – mais pas au même rythme, du moins du point de vue de la Touille.

Les ellipses et la durée du film

La durée prévue d’un quart d’heure peut paraître courte pour ce type de narration. Il me semble toutefois que c’est la durée juste pour ce film qui n’a pas beaucoup de dialogues et qui ne propose volontairement pas de “suspens”. Il s’agit d’une fresque dont le personnage principal est en fait un village .

L’animation permet de marquer le passage du temps par toutes sortes d’ellipses et d’artifices qui permettent d’accélérer la narration : par exemple la métamorphose d’un personnage qui vieillit, des constructions en accéléré, la transformation d’un décor autour d’un personnage, la mort d’un personnage montrée par un effacement du dessin, des lignes de constructions et des croquis qui deviennent dessin abouti, etc.
Cette succession d’ellipses graphiques sera l’élément principal du montage.

Un auteur particulier m’inspire ici : le canadien Frédéric Back, surtout dans son film « Crac ! ». Ce film sans dialogues d’un quart d’heure raconte l’histoire d’une famille et d’une communauté sur un siècle à travers un objet, une chaise à bascule. Il utilise ainsi tous les artifices de l’animation pour condenser au maximum le temps qui passe sans qu’à aucun moment le spectateur ne ressente d’impression d’urgence. L’auteur se permet même le luxe de longues séquences de danse... Par la suite, ses films « L’homme qui plantait des arbres » et « le fleuve aux grandes eaux » , qui sont aussi des récits se déroulant sur de très longues périodes, seront plus longs (1⁄2 heure) – mais il s’agit de films soutenus par des voix off

Jérome BOULBES