Lardux Films
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« Maintenant nous n’avons plus peur !!! »

2015 , Court Métrage , documentaire

52mn, DCP et HDCam, 16/9eme

un film de Jo BERANGER , Christian PFOHL

en coproduction avec Tele Bocal, et avec le soutien du CNC

le film est disponible en VOD en version française , version anglaise et version turque

LE FILM

Quand c’est la révolution quelque part, ça vous titille pas un peu d’aller y faire un tour ? De participer a ce qui peut devenir les moments les plus importants de votre vie ?

Quand Ebru nous a écrit « Venez, ici c’est la révolution !!! » Jo et moi on a pris nos cliques et nos claques, une caméra a moitié cassée, du thé, des masques à gaz... et on est parti... le film TAKSIM est le résultat de ce coup de chaud… Après, plus tard on y est retourné, on a pris le temps d’écouter et on vous l’a ramené.

Le film est dédié à la mémoire de Kamel Dekhli, notre ami.

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« Nous sommes là ! Pour notre place, pour notre parc, pour nos rivages, pour nos forêts. Nous avons appris les uns des autres qu’un arbre est un espoir. Dans le parc Gezi, nous n’avons pas seulement planté des arbres, mais aussi la démocratie et l’espoir. »
Sebnem Sönmez

Dans le Parc GEZI au cœur d’Istanbul, sur la place TAKSIM, quelques dizaines de défenseurs des arbres vont lancer en Mai 2013 un mouvement de protestation qui va gagner toute la Turquie et s’opposer au pouvoir autoritaire. Face à cette éruption de liberté, à ce Mai 68 turc, le premier ministre Erdogan réprima et réprime encore férocement, envoyant des cohortes policières et des tombereaux de gaz, mentant de toutes les manières possibles pour salir cette protestation et en finir avec le mouvement, faisant parmi les protestataires des milliers de blessés – 7800 blessés et 6 morts au 20 Juillet -.

Le combat des çapulku – les clochards comme les appelle Erdogan– est né d’ un combat plus ancien contre les destructions de quartiers entiers d’Istanbul remplacés par des îlots de buildings et de gigantesques centres commerciaux à l’américaine. C’était le destin du parc Gezi imaginé par Erdogan. Face cette destruction d’Istanbul ceux de Taksim se lèvent et crient « Le parc est à nous, Istanbul est à nous ».

Pour eux, il s’agit aussi de défendre le droit de rester un citoyen en respirant dans un parc plutôt que devenir un consommateur enfermé dans un centre commercial. De s’élever contre la corruption et le capitalisme sauvage. De défendre le droit des femmes à disposer de leurs corps, la liberté de penser face à la propagande continuelle du pouvoir.

Que s’est-il passé au parc Gezi ? Qui sont ces protestataires ?
Comment le pays entier a changé après cet été 2013 ?

Note d’intention

C’est Ebru, une amie turque qui nous a demandé de la rejoindre à Istanbul pour partager ces grands et merveilleux moments qui se vivaient dans le parc Gezi. Le 6 juin, elle nous envoie ce courriel :

« Ici la vie est complètement différente depuis dix jours. Ce qui se passe ici, c’est hallucinant.
C’est la révolution et je suis contente d’être témoin de tout ça.
Depuis des mois il y a une reconstruction au coeur d’Istanbul. Le maire voulait refaire la place Taksim. (…) On a manifesté au début des travaux, mais comme d’habitude personne n’écoute. Au moment où ils ont commencé à détruire le parc et couper les arbres pour faire un centre commercial à la place, les gens se sont révoltés. Les gens ont occupé la place, ils ont commencé à vivre dans le parc. Au 2ème jour de l’occupation, les flics sont venus à 5 heures du matin et ils ont mis du gaz lacrymogène et brûlé les tentes. Après ça, des milliers de personnes sont venus pour soutenir. Maintenant sur la place il y a 30.000 personnes 24h sur 24h, tout est gratuit, il y a une bibliothèque, il y a une vraie vie commune, tout le monde est gentil. C’est une révolution pacifique.

Je voudrais bien que vous veniez et filmiez tout ça. Je voudrais bien que quelqu’un vienne ici pour témoigner de tout ce grand mouvement communiste. Je n’avais jamais imaginé ça possible, J’en ai toujours rêvé. Les gens appellent ça le printemps turc, mais ici ce qui se passe, ce n’est pas comme dans les pays de Maghreb. C’est autre chose."

Nous n’avons pas hésité longtemps. A l’intérêt que nous portons à cet événement historique s’est ajouté une raison sentimentale, la joie de retrouver Ebru. De plus, nous avions la certitude d’avoir la tâche facilitée en étant bien guidée, que grâce à elle, nous serions vite « dans le bain ».

Ebru nous l’avons connu à travers notre ami Kamel Dekhli . Kamel avait toujours un carnet à la main, de l’encre et il croquait la vie. Dessiner était pour lui un moyen de rencontrer l’autre. Il est parti en Turquie au moment du terrible tremblement de terre qui a dévasté Izmir en 1999. Il a dessiné la vie des réfugiés, joué avec les enfants, surmonté les difficultés de la langue et rencontré Ebru. Ebru, elle aussi, était venue offrir un peu de réconfort aux réfugiés en donnant des représentations de théâtre d’ombres.

Les enfants du camp l’aidaient à préparer les spectacles. Kamel est revenu en France avec Ebru, si belle.

A Istanbul, il a fait un reportage précurseur sur la destruction des quartiers en illustrant la destruction du plus vieux quartier gitan d’Europe, quartier faisant partie d’une longue liste de quartiers qui ont été rasés depuis. Son reportage a été publié dans les pages centrales de Charlie Hebdo peu avant sa mort à 39 ans. Nous avons vécu avec Ebru les derniers instants de Kamel.
Ebru est repartie en Turquie avec Aden leur fils de 2 ans. Kamel est notre lien avec la Turquie.

Sur place, nous avons été surpris par l’universalité de ce mouvement et émus de constater sa portée sentimentale pour les protestataires qui vivent aussi une grande histoire d’amour .

Devant la force de ce mouvement, sa capacité à la lutte et à l’autogestion, nous avons décidé de nous investir sérieusement dans ce film pour en faire le témoin de ces évènements mais aussi, un objet filmique qui en soit digne et donc cinématographique.

Le parc a finalement été évacué et la répression a pris un autre visage en Turquie ces jours-ci. Arrestations multiples, lois spéciales votées par les députés, épuration chez les fonctionnaires d’état, avocats, médecins. Le film ne peut pas passer à côté.

Nous prévoyons de repartir à Istanbul développer cette partie indispensable et tout aussi passionnante pour le film que sont la suite du mouvement, la transformation, le déchaînement du pouvoir qui cherche à se venger. Nous demanderons à certains des acteurs de cette protestation, urbanistes, écologistes, membres du comité Solidarité Taksim qui ont subi ou qui subissent encore cette répression de témoigner.

Nous filmerons également la ville afin d’illustrer certaines des paroles et thématiques abordées ainsi que différents éléments poétiques visuels et sonores dont nous manquons.

Cela nous paraît fondamental de mettre dans ce film l’immédiate réaction face à la fermeture du parc Gezi. En effet, ce processus de répression en cours en ce moment même en Turquie suit un modèle qui lui aussi est malheureusement universel et nous concerne tous.

Jo Béranger et Christian Pfohl

Du même auteur, à voir les très beaux films Voyage en Mémoires Indiennes (One of Many), mais aussi Du Riffifi a Seattle, Je voudrais vous dire, Lettres de Pithivers.