Lardux Films
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Un voyage aux frontières de l’esprit

2017 , documentaire

un projet de film documentaire de 52 minutes

un film de Camille AUTHOUARD et Léa TROULARD

avec la participation du CNC

LE FILM

Médiums n’est pas un premier film, mais la jonction entre l’animation et le documentaire sera pour Camille Authouard, Léa Troulard et Lardux Films une première, à la confluence de nos deux savoirs faire.

Médiums pose une question fascinante et dont les réponses, qu’elles soient rationnelles ou irrationnelles, ouvrent des perspectives absolument folles au cœur des interrogations humaines les plus basiques : que se passe t-il après la mort ?

Parmi nous, appelés mediums, il existe des personnes qui revendiquent un don, celui de communiquer avec les morts, les anges, les esprits. C’est à la découverte de ce monde caché et fantastique que nous invitent Léa et Camille.

Depuis plus de deux ans, elles ont parcouru les routes de France et assisté à de nombreuses séances mediumniques. Elles ont rencontré nombre de ces mediums et ont entamé une conversation avec ceux qui leur semblaient éloignés des clichés paranormaux d’usage autour de ces milieux.

Sur leur route elles ont découvert des personnes qui avaient tout de charlatans ou d’illuminés, d’autres qui semblaient tout à fait sincères dans ce qu’elles décrivent de leurs perceptions et ressentis. Elles ont découvert aussi que pour beaucoup de gens rencontrés, ce sujet est un déclencheur de souvenirs et d’histoires fantastiques ... qui nourriront le film d’interludes racontés, incroyables au sens propre.

Leur but n’est pas de faire un film sensationnaliste mais de sensations... d’exposer les doutes et le trouble qui peuvent naitre de situations ou cessent les explications rationnelles... Le temps consacré à l’enquête préliminaire les a convaincues que ces questions, ces doutes, étaient le matériau même de la construction dramatique du film.

Quelques images de présentation du projet :

Tout le monde aime les histoires.

Novembre 2014, Vichy. On nous commande le portrait filmé de Christiane, une femme excentrique et autoritaire de 87 ans, au passé de business woman hors du commun. Ce que nous ne savons pas, c’est que, depuis la mort dramatique de son mari, Christiane est devenue présidente d’une association organisant des conférences sur la survivance de l’âme après la mort. Lors de ces conférences, elle invite des médiums à se produire en salle, devant une centaine de personnes ayant perdu un être cher et espérant un contact avec son âme. Dans la grande salle de l’hôtel Aletti de Vichy, nous avons assisté à une conférence médiumnique, la première d’une longue série. Nous sommes rentrées à Paris, excitées par cette découverte, bien décidées à creuser le sujet.

Au-delà des idées reçues

Janvier 2015 à Mars 2017. Munies d’une caméra et d’un enregistreur, pendant deux ans, nous avons sillonné la France par nos propres moyens, à la rencontre de médiums dont nous avions entendu parler, ou découvert sur Internet.
Au départ, comme beaucoup de gens, nous avions une idée préconçue du médium : un personnage folklorique, exubérant, mystique, s’adressant tout à la fois aux morts, aux planètes, ayant recours à la divination, à l’hypnose... Or la définition du mot médium est la suivante : « Personne capable de percevoir, par des moyens apparemment surnaturels, les messages des esprits des défunts et de servir d’intermédiaire entre les vivants et les morts ». Pas de boule de cristal donc, le médium est une personne qui se déclare messager de l’au-delà.

En apparence, les médiums ont l’air de gens « normaux ». Difficile de soupçonner que leur quotidien est ponctué de ce qu’ils appellent des perceptions extra-sensorielles. Mathieu par exemple, la quarantaine dynamique, propre sur lui, emprunte chaque jour la même route en voiture pour aller travailler. Il nous raconte que sur cette route, il lui arrive régulièrement de croiser des âmes perdues qu’il embarque dans sa voiture et qu’il aide, une fois rentré chez lui, à passer de l’autre côté.

Pour les médiums, ces manifestations paranormales sont une des raisons à l’origine d’un choix vie en marge de la société... À l’exception de quelques personnalités médiatiques (Patricia Darré, Henri Vignault), la plupart des médiums vit très chiche- ment, dans des habitations reculées, à l’écart des grosses villes. Les médiums n’ont pas d’amis médiums. Le milieu de la médiumnité est très compétitif et laisse peu de place à l’amitié ou la collaboration.

Faire preuve de discernement

Notre intérêt s’est rapidement tourné vers les médiums dont l’activité n’est pas lucrative. À nos yeux, le fait que l’argent ne soit pas une motivation est une preuve de leur conviction absolue en la réalité de leurs perceptions. Le seul moment où leur sincérité semble faillir est lorsqu’ils se trompent. Admettant difficilement leur erreur, ils élaborent parfois des justifications approximatives. Nous avons compris avec l’expérience que la seule crainte des médiums est d’être considérés comme des charlatans.

Des charlatans, exploitant la crédulité d’un public fragile et en attente, nous en avons rencontré. Leurs interventions en salle sont peu impressionnantes. Posant de nombreuses questions, ils énoncent des lieux communs qui pourraient s’adresser à tout le monde. Utilisant des pirouettes rhétoriques et des ficelles manipulatrices souvent repérables, ces médiums ne sont pas en mesure de nous expliquer précisément la façon dont ils reçoivent leurs informations. Évoquant une “claire-conscience”, ils savent, tout simplement. Hélas, cela ne nous suffit pas.

Pour certains médiums, la capacité à communiquer avec l’au-delà est un “don”, au sens religieux du terme. Ces derniers se positionnent comme détenteurs d’un pouvoir et d’un savoir qui leur aurait été accordé en vertu de leur multiples réincarnations sur terre. Ces médiums peuvent, selon nous, s’avérer néfastes pour des personnes en souffrance, qui auront tendance à les placer sur un piedestal et à leur conférer un pouvoir quasi mystique.

Après avoir rencontré une quinzaine de médiums, nous avons donc choisi de retenir comme personnages principaux ceux dont la personnalité nous semblait en accord avec nos intentions pour ce film. Les autres, à savoir les égos démesurés, les manipulateurs cupides, et ceux qui se disent dotés de pouvoirs, seront évoqués brièvement mais nous ne souhaitons pas leur donner d’importance.

Nos personnages sont des gens simples, pour qui la médiumnité est accessible à tous. Selon eux, il s’agit d’une forme de sensibilité et d’intuition très développée, que chacun peut choisir de travailler et d’améliorer. Certains travaillent en collaboration avec la gendarmerie, d’autres ont mis en place des stages de développement de l’intuition.

Les interludes

Au cours de nos déplacements, nous avons fait la rencontre de “personnages secondaires” : le covoitureur, la serveuse du café, le réceptioniste de l’hotel... Ceux-ci nous ont livré des anecdotes personnelles, sous forme de récits adressés directement à la caméra. Ces quelques secondes de parole autour d’une expérience inexpliquée seront des interludes dans le film, permettant au spectateur de s’identifier à Mr ou Mme Tout-le-Monde, qui bien que rationnel(le) et cartésien(ne), se souvient d’avoir vécu un épisode troublant.

Notre point de vue

« Mais... vous y croyez, vous ? ». Cette question, nous l’avons entendu de la bouche de toutes les personnes à qui nous avons parlé de notre film. À ce jour, nous avons le sentiment que les médiums que nous avons sélectionné croient profondément en leurs perceptions, et cette sincérité nous touche. Nous partons donc du postulat que ce qu’ils voient, entendent, ressentent est, pour eux, bien réel. En définitive, peu nous importe de savoir si tout se passe dans leur tête ou si il existe bien un autre monde. Ce qui nous plaît, c’est de les écouter nous parler de cet autre monde. Ce monde que nous ne pouvons voir, mais dont les contours se dessinent et s’effacent au fil des histoires que les médiums nous racontent...

La question de la forme du film s’est alors posée : comment filmer et raconter ce monde invisible, comment le faire exister concrètement au sein d’un documentaire ?

Traduire le sensible, capter l’invisible.

Comment Christophe devine t-il que « Sylvie » s’est éteinte lentement ? Comment Isabelle comprend-elle que Marcel était fromager ? À la recherche de réponses concrètes, nous ne cessions de leur demander : mais que voyez-vous exactement ? Qu’en- tendez-vous ? Que ressentez-vous ? L’interprétation des informations qu’ils « reçoivent » est propre à chaque médium. Ressentis, sons, paroles, visions de scènes, de visages, de lieux, de symboles à déchiffrer, tout cela leur arrive en même temps, confusément, et seule une interprétation personnelle leur permet de décrypter les messages. Ils parlent alors d’une grille de lecture qui leur est propre, qu’ils ont comprise avec le temps et l’expérience. Nous avons appris que les images que perçoivent les médiums sont parfois celles d’une situation précise, comme l’instant du décès de « l’entité » qui se présente, ou celles d’une personne : « Je suis à côté d’une femme assez forte, rousse, qui se tient sur des béquilles ». Mais il s’agit le plus souvent de métaphores, d’images symboliques. Un verre qui se brise peut représenter un accident, des marches interminables l’idée de pénibilité...

Nous souhaitons raconter du mieux possible ce dialogue avec l’au-delà. Pour rendre compte de ces perceptions, la technique de l’animation s’impose. En effet, elle est la seule à permettre de traduire visuellement et auditivement un monde invisible et parfois même ineffable.

Le fil rouge.

Mai 2016. Si la structure du projet prend forme, depuis plusieurs mois, nous éprouvons quelques difficultés à définir notre place au sein du film. Nous voulons raconter le film comme un road-trip, un parcours initiatique au plus proche de ce que nous avons vécu. Tout au long de ce parcours, l’idée est de concrétiser, grâce à l’animation, le monde invisible que chaque médium nous décrit.

Les médiums que nous avons retenu ont accepté de participer à cette expérience et sont prêts à nous décrire en détail les images qui leur parviennent de l’au-delà. Seul « hic » : nous n’avons ni l’une ni l’autre perdu de proche, nous sommes donc dans l’incapacité de nous prêter à l’expérience d’un tête à tête avec un médium.
Il nous fallait un volontaire. L’enjeu était de trouver une personne qui nous “ressemble”, novice en matière de médiumnité, à la fois sceptique et curieuse, et que l’on soupçonnait capable de porter notre regard à l’écran.

Anaïs.

Anaïs a 30 ans. Elle fait partie de ces personnes qui, depuis l’enfance et à plusieurs reprises, ont été confrontées aux décès de leurs proches. Aujourd’hui artiste plasticienne, son travail est marqué par son histoire personnelle. Si la mort est une thématique récurrente dans son travail, la jeune femme précise que c’est la notion de perte qui l’intéresse, créer en se plaçant du côté des vivants. Paradoxalement, Anaïs n’a jamais envisagé l’idée d’une potentielle après-vie. Mais lorsque nous lui proposons de participer à l’expérience, elle se montre intriguée et se demande en quoi son histoire personnelle pourrait être utilisée comme un matériau pour créer d’autres images, et découvrir l’influence que cela pourrait avoir sur son travail artistique. Nous nous doutons qu’il s’agit en partie d’un prétexte et qu’Anaïs est sans doute inconsciemment poussée, comme chaque personne que nous avons rencontré au cours de nos recherches, par l’espoir d’un contact avec ses morts.

La première rencontre.

Juillet 2016. La première rencontre d’Anaïs avec un médium s’est avérée très déstabilisante. Le médium a évoqué pendant près d’une heure son passé, en apportant de nombreux détails sur ses proches disparus, et sur la manière dont il les percevait. En sortant de la séance, encore sous le coup de l’émotion, Anaïs nous a confié : Je ne m’attendais pas à ça. Je n’y crois toujours pas mais j’ai des doutes. J’ai peur de me poser trop de questions et de me mettre à vivre en prenant en compte des gens qui ne sont plus là.

Et puis, trois mois plus tard, Anaïs avait rationalisé toute la séance. Elle avait la conviction que le médium avait usé d’une grande psychologie alliée à des techniques de télépathie. Il avait ainsi été capable de lire en elle le choc d’un accident, la douceur de sa mère, ou la violence d’un suicide... Elle nous confia que cette expérience n’avait non seulement rien changé à son quotidien, mais de surcroît l’avait poussée à créer une nouvelle série d’oeuvres : ses “pupilles”.

Anaïs est aujourd’hui impatiente et prête à se lancer complètement dans notre voyage. Qui sont ces médiums ? Comment se représentent-t-ils l’au-delà ? En quoi leur vision du monde est elle différente de la sienne ?

C’est ainsi que le film peut maintenant commencer. Nous avons décidé de faire revivre à Anais un parcours similaire au nôtre depuis ce mois de novembre 2014. Elle sera à la fois le fil rouge et le catalyseur permettant la découverte du monde de la médiumnité.

Camille Authouard, Léa Troulard