Lardux Films
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Voyage poétique en mer Méditerranée de la jonque « Héraclitus »

2013 , documentaire

48 minutes - 16/9 - HDcam

un film de Gilles Delmas

Un nouveau film de Gilles Delmas avec qui nous avons produit plusieurs très beaux documentaires sur les chorégraphes Sidi Larbi Cherkaoui et Akram Khan, mais aussi des films d’art, qui cherchent et poétisent leur narration et leurs images. Heraclitus est entre les deux, entre le théatre et la recherche...

Vous pouvez voir le film entier en VOD sur Vimeo

A découvrir absolument les films de Gilles Delmas Les 6 saisons, Living Chiaying, « Les Ailes Brisées », Zéro degré l’infini et Le Passeur des Lieux.

Voyage poétique de la jonque l’Héraclitus, lancée dans une expédition 2011-2014 pour explorer les histoires culturelles des peuples des ports de la méditerranée.
De Sète à Tabarka, Gilles Delmas porte son regard sur le bateau qu’il traite comme un personnage. Il suit l’équipage interculturel dans la navigation et construit à travers les histoires intimes des marins une performance théâtrale basée sur le langage, les territoires et la mer Méditerranée.
Une caméra se pose sur ce bateau et témoigne de la diversité du monde, cadrant l’horizon de la mer, elle inscrit des diagonales dans le temps en intégrant, la devise d’Héraclès « le mouvement est la seule constante ».

NOTE D’INTENTION DU REALISATEUR

J’ai choisi de m’arrêter sur le voyage de l’Héraclitus de France (Sète) en Tunisie (Tabarka) en passant par la Corse. Cela représente un voyage de deux mois.

Ce voyage artistique et scientifique en bateau est conduit vers la Tunisie par des marins dont les origines culturelles et identitaires sont diverses. Une caméra se pose sur ce bateau et témoigne de la diversité du monde, cadrant l’horizon de la mer, elle inscrit des diagonales dans le temps en intégrant, la devise d’Héraclès « le mouvement est la seule constante ».
Cette caméra navigue, accompagne les personnages pour mieux les découvrir dans leurs caractères intimes et poétiques et construit ainsi la narration du film.
Les marins deviennent un temps des acteurs, récitent, déclament ou dansent soit le pont soit à l’intérieur du bateau.

Dans ce voyage en mer, l’Héraclitus est traité visuellement et narrativement comme personnage étrange et mystérieux, les éléments matériels du bateau (voiles, cordes, etc…) sont filmés comme des détails « vivants ».
Dans cette abstraction liquide, il est solide comme une baleine, se dirige vers l’avenir et va recueillir les témoignages d’un temps, les témoignages des gens de la mer.

Ce film est une réflexion sur le théâtre, l’idée de transposer le théâtre dans un autre espace (celui de la mer) est très intéressante, car le fait de le faire sortir de son cadre propose une lecture différente et dans cette idée de transposition, il y a de nombreuses métaphores possibles comme celles de l’immigration, de l’identité.
Nous déplaçons des idées et des hommes dans un autre espace et les faisons « acter » autrement et là, par ce théâtre, je propose la mer Méditerranée comme un territoire de recherche créatrice.

Le but de l’expédition du bateau est d’enregistrer les histoires et légendes Méditerranéennes des gens de la mer.
De ce matériel, nous allons créer un autre matériel narratif théâtral car nous allons mettre en scène ces histoires par les marins/comédiens.
Ils vont aussi, dans un deuxième temps travailler une direction théâtrale à partir de leur histoire personnelle liée aux territoires intimes et lointains, au langage, et à la mer.
Je vais construire leurs personnages en trouvant des liens qui relient ces histoires entre elles.

La Tunisie a été le berceau du printemps arabe, je vais par ce film donner à ces événements un regard poétique qu’engendrent la liberté et son devenir.

A terre, je vais faire une performance avec de jeunes Tunisiens qui sera reprise par les marins sur le bateau. Par ce principe je vais installer une construction narrative autour de l’échange des idées, un va-et-vient que l’on retrouve dans la structure générale du film.

Ce film est une pensée sur les valeurs humanitaires, il devient le messager d’un discours contemporain sur le voyage, l’écologie, la territorialité et les nouvelles frontières virtuelles que représente notre monde. La Méditerranée a été le berceau de la civilisation européenne, la voie maritime a été l’accompagnatrice de son développement culturel.

Ce film témoigne par le théâtre que nous sommes tous reliés par des liens, des histoires d’où et où va le monde méditerranéen.

L’acte de création est, en ce qui me concerne une prise de risque et ne participe pas à un confort. Ce projet tire son essence d’un engagement politique et artistique, il offre la possibilité à un public de voir comment on transcende les actes, les difficultés liées à l’actualité dans le monde lors d’un voyage.

Réflexions autour de la direction théâtrale.

Avec des jeunes tunisiens nous allons développer avec Serge Lazar un workshop qui sera ensuite filmé :

- Un grand élastique est relié dans leur bouche, entre eux, c’est la carte de la Tunisie qui va apparaître, et puis cette forme va changer…
- Un jeune est accroché à des cordes (celles des voiles du bateau), les autres jeunes sont derrière lui et tendent ces cordes, l’animent comme si c’était un pantin articulé.
- Ecriture sur leurs corps, sur les mots de la révolution : nation, liberté, travail, dignité.
- Une course liée aux manifestations de la révolution, orchestrée comme une chorégraphie.
- Une danse contemporaine dans une maison en construction (symbolique de la reconstruction de pays), avec les tee-shirt montés sur la tête comme pour un aveuglement.

Exemples de liens entre les histoires de la mer et les histoires intimes qui seront jouées sur le bateau

Triki Mokhtar, journaliste Tunisien et ancien directeur de la société d’archéologie de Tarbarka, va nous raconter la Légende du Corail :

Il y a une très belle histoire, une histoire fantastique, il s’agit d’un roi qui avait un fils, le prince. Ce prince aimait une belle fille de la région. Ils habitent quelque part ici sur le fort Génois, il y avait une citadelle d’après la légende. Et le fils aimait une jolie fille, mais cette jolie fille était vouée à un pêcheur. Elle aimait le pêcheur mais pas le fils du roi, le prince. Alors comme le prince la voulait pour lui, il a voulu se venger d’elle, il l’a prise et il l’a tuée. Le sang a coulé vers la mer, et de la mer le sang. Bien sûr l’histoire est très très longue, on parlait de la passion, l’amour entre le pêcheur et la jeune fille et puis comment le prince est venu la prendre par la force … Le sang qui a coulé de son corps est allé vers la mer, il s’est refroidi et s’est congelé et est devenu le corail. Voilà la légende du corail, on appelle en arabe « morjeda ». « Morjeda » c’est le nom d’une fille, cette fille qui habitait justement la petite ville.

TRAITEMENT FILMIQUE

Je veux introduire l’idée de cycles dans ma façon de filmer et construire visuellement mon film dans une forme répétitive, par strates, par couches, pour laisser émerger chaque élément créatif. Le rythme ne sera pas seulement cyclique mais aussi saccadé comme une vague. Reprenant ainsi le cycle de la vie et la transcender en une énergie.

Nous filmons les vagues comme un corps en mouvement comme on voyage dans un paysage (prises de vues aériennes avec un drone), elles apportent à l’image une pensée, comme dans un voyage en train où l’espace en mouvement se confronte à notre mémoire, à notre pensée.

Passé et présent comme les vagues recouvrent le temps.
Je veux donner à la mer une dimension abstraite et proposer une autre lecture avec des outils contemporains (caméra Go-pro, I-phone, appareil photo numérique), marquant ainsi une référence au temps qui passe.

La distance est présente dans le film et laisse la mer libre de s’éloigner ou de se rapprocher dans le cadre.

Le film sera cadré comme une photographie : je contrôlerai le cadre, la lumière, le temps de pose.
Une composition sobre laissant évoluer librement le sujet à l’intérieur du cadre fixe.

Multipliant les angles et les valeurs de prises de vues sur la « matière eau ». Je la considère et la mets en forme comme une matière vivante et je vais la filmer, cette mer, de l’intérieur mais également par des prises de vues sous-marines.

À bord du bateau, la caméra fait partie de l’équipe, elle s’intègre pour se faire oublier et voir les choses de l’intérieur.
Cette caméra va filmer le bateau du sommet du mât principal (12 mètres de haut) à la salle des machines pour faire exister cet espace dans tout son ensemble.

Je vais filmer autant de détails que de plans larges qui font exister le bateau comme un personnage, en donnant à voir des détails des formes devenant des figures, des membres, des yeux....
Pour se distancier de la réalité, je vais parfois ralentir les prises de vues. Par ce rythme lent, l’image est poétisée, l’énergie qui s’en dégage est de la contemplation.

Le traitement de la lumière se veut graphique et illustre la puissance lumineuse qui émane de ce paysage marin.

Le traitement visuel sur la couleur veut montrer la mer dans toutes ses couleurs, ces instants colorés participent au montage de ce film.

Les marins sont filmés caméra à l’épaule (épousant le balancement du bateau), être au plus proche du sujet, dans l’action.

Lorsqu’ils sont à contre-jour sur le pont du bateau, leurs graphismes s’étendent à l’infini dans l’immensité de la mer.

Comme des larmes, les gouttes de sueur brillent sur les corps des marins.

Comme des étoiles, les reflets brillent dans l’eau.
Nous appuyons cette pensée par une caméra qui cherche, qui interroge.

Afin d’accentuer la dramaturgie, les parties théâtrales sur le pont du bateau sont filmées en plans larges pour accompagner l’infini de la mer et en plans très serrés pour souligner l’étrangeté des scènes.

Les jeunes tunisiens sont filmés à terre par une caméra sur pied j’entends par ce choix de poser un cadre fixe sur une terre, introduire ainsi un autre rythme dans le film.

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