Lardux Films
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Quand le Jeu Vidéo rencontre le néant !

2012 , Court Métrage , animation , éssai

Une série de 10 épisodes et de 10 mondes virtuels interactifs et un « grand format » de 80 minutes, couleur, stéréo, Version Originale Anglaise, Française et Allemande.

un film de Benjamin NUEL

La série est visible ici : http://creative.arte.tv/fr/series/hotel
et le long métrage en vod pour 3$ ici : https://vimeo.com/ondemand/hotel et en version anglaise ici : https://vimeo.com/ondemand/hotelenglish

produit pour ARTE-WEB, en collaboration avec LES FILMS DU NORD. avec le soutien du CNC Direction du Multimedia, de la Région NORD PAS DE CALAIS, de la PROCIREP et de l’ANGOA, du FRESNOY.

LE FILM

HOTEL avant de devenir un long métrage à été diffusé par épisodes sur le site de ARTE en Octobre Novembre 2012, vous pouviez y découvrir semaine après semaine l’histoire subversive, dingue et post-moderne que nous raconte Benjamin NUEL.

extrait d’un petit article sur foudanim signé cé :
« Forces spéciales et terroristes cagoulés ne sont plus en conflits. Fini les parties déchaînées de Counter strike dans les no-man’s land de pays en guerre. Ils sont maintenant tous logés dans un hotel virtuel et passent le temps. Ils retrouvent la valeur de l’ennui, discutent... Et l’incroyable décallage entre ces guerriers qu’on ne connaît qu’actifs, stressés, arme au poing ou pissant le sang virtuel se retrouvent à fumer sur un banc en racontant des banalités. »

Extrait d’un article de Marie Lechner dans Libération du 9/10/12 :
"D’ordinaire, ces personnages archétypaux de jeu vidéo sont occupés à se poursuivre dans des missions trépidantes et à se canarder à qui mieux mieux. Ici, les machines de guerre désœuvrées, extirpées de leur champ de bataille, errent sans but dans un décor bucolique, s’employant à tuer le temps, à défaut d’autre chose, jouant de l’ukulélé ou battant les cartes. Pas d’adrénaline, mais de la nicotine. Un terroriste philosophe en se curant le nez, tandis que le policier tire tristement sur sa cigarette…

Tous les ressorts ludiques sont comme désamorcés, le mécanisme du jeu démonté et neutralisé. Seul événement qui vient perturber la neurasthénie, une poule bondissante aux couleurs criardes et des phénomènes inquiétants menant progressivement au délitement de ce monde virtuel. Pan de ciel qui se détache, laissant un trou noir béant, prairie se liquéfiant, texture qui se brouille, pelouse qui « glitche » : modélisation imparfaite, erreur de transmission, Hôtel bugge sévère !"

HOTEL est né de l’accouplement de l’Internet et du jeu vidéo. Le projet se présente aujourd’hui comme un film de longue durée et une série, un feuilleton, racontant par épisodes l’histoire de ce monde étrange inventé par Benjamin NUEL. Cette immersion dans un univers de jeu vidéo pacifié, ou des terroristes et policiers se découvrent conscient de leur humanité, est une charge subversive conte les mécanismes de défoulement et d’identification propres aux jeux de guerre.

C’est aussi une fable moderne, celles d’êtres virtuels autonomes et conscients, vivant dans les gigabits et les tera-octets, une vision SF d’un futur de réseaux et de numérisation de nos vies.

Sur la production a voir une « etude de cas » sur HOTEL avec Arte et lardux films dans le cadre de I LOVE TRANSMEDIA 2013

C’est la paix entre les Terroristes et les Policiers échappés d’un jeu vidéo, mis en retraite dans un étrange hôtel gardé par une poule. Pour la première fois inutiles, ils se battent contre l’ennui - ils jouent, bavardent, philosophent - alors que le monde autour d’eux s’effrite peu à peu, comme aspiré par une zone meurtrière, le Void.

Et si cette fatalité leur donnait l’occasion de devenir autre chose que des clones ?

HOTEL, qui a à priori tout d’une comédie absurde, est en fait un drame simple dont la structure narrative est celle d’un film catastrophe.

Interview de Benjamin NUEL dans un article de Caroline Gourdin pour LA LIBRE BELGIQUE du 10/10


« Hôtel », un monde en 3D en déliquescence
Une surprenante Websérie d’animation conçue par un artiste contemporain, Benjamin Nuel. A découvrir progressivement sur Arte.tv. Entretien Correspondante à Paris

C’est la paix entre les terroristes et les policiers échappés d’un jeu vidéo, mis en retraite à la campagne, dans un hôtel gardé par une poule. Pour la première fois inutiles, ces clones dont on ne voit pas le visage jouent, bavardent, philosophent, tandis qu’autour d’eux, le monde se délite. Une poésie étrange se dégage d’ HôtelH H , série d’animation conçue pour le site Web d’Arte par Benjamin Nuel, artiste repéré par la chaîne sur sa plateforme ArteCreative.

Déjà auteur d’un film, « La fin du monde », en phase de pré-production sur un autre projet, « Un cheval sans nom », qui met en scène « un monde qui porte les stigmates d’une catastrophe naturelle ou surnaturelle », ce réalisateur trentenaire venu des arts visuels transporte son univers décalé dans « Hôtel », dont les 10 épisodes seront dévoilés semaine après semaine sur Arte.tv, en français, allemand ou anglais. La référence aux codes du jeu vidéo vise une communauté de gamers de 20, 30 ans, mais le propos est plus vaste. « Ce projet est né au Fresnoy, studio d’art contemporain de Tourcoing, nous explique Benjamin Nuel. Je voulais concevoir un jeu vidéo, et j’ai profité d’être dans un cadre très libre et d’avoir des moyens de production importants pour le réaliser. »

En quoi consistait ce jeu ?

Il n’y avait pas de narration, pas d’objectif, si ce n’est d’errer dans ce monde et d’être témoin de scènes de vie avec des terroristes et des policiers, dans un temps mort. Cette première version a eu une petite vie dans le monde de l’art, et j’avais un outil de production de film d’animation quasi prêt.

Pourquoi cette série ?

Elle remet le cours du temps en marche, apporte une fin à ce monde qui, dans la première version, est sur le point de craquer, avec des zones de faille, des tensions, des bugs. La série raconte comment ce monde de jeu vidéo assez réaliste va se fragmenter petit à petit.

Il y a un parallèle avec le monde actuel, à un point de rupture ?

La fin du XXe siècle et le début du XXIe marquent un changement d’ère. On le sent à tous les niveaux. Cela imprègne mon travail. A partir d’un outil numérique pauvre, puisque la 3D que j’utilise n’est pas très riche visuellement, « Hôtel » s’attache à ce basculement dans le monde du numérique. Mon ambition était de donner une profondeur à ce monde qui n’en a pas a priori, et aux personnages, qui sont des archétypes, avec à peu près les mêmes idées, les mêmes souvenirs. Ils vont évoluer à mesure que leur monde disparaît.

Pourquoi des policiers et des terroristes ?

C’est un clin d’œil à un jeu populaire, « Counter Strike », ou à tous les jeux de guerre contemporains qui reprennent ces personnages. « Hôtel » est basé sur le déplacement de personnages de guerre dans un monde très zen. Au-delà du décalage humoristique, il y a un 1er degré assumé.

Seule la poule possède une conscience…

On la prend comme une sorte d’absurdité comique, mais elle a un rôle de représentant d’une minorité indigène venant de cette terre ancienne. On peut faire une analogie avec les Amérindiens, confrontés aux Yankees qui débarquent sur une terre vierge et la remodèlent à leur image. Il reste de cette terre la poule et son arbre, d’une facture aussi primitive. Cette esthétique évoque les débuts de la 3D qui, en 20 ans, a déjà une histoire, avec des objets primitifs et des générations qui ont une sorte de nostalgie, de lien affectif avec ça.

L’internaute va pouvoir s’approprier l’univers ?

On n’est pas dans un mode immersif aussi poussé que dans le jeu vidéo actuel, qui donne des outils pour modeler le monde. Le joueur pourra explorer ce monde virtuel dont l’état correspond à l’épisode qui est diffusé, avec une interaction possible, basique, comme changer les stations de la radio Il peut trouver des indices qui donnent un temps d’avance par rapport au spectateur passif. Une connivence se crée entre le joueur et le conteur.

L’expérience se prolongera-t-elle après les dix semaines de diffusion ?

A l’issue de l’histoire, les personnages errent sur un bloc de terre dans le vide intersidéral, dans un nuage de détritus, de vestiges de la série, qui renvoient aux épisodes, dont on pourra lancer la lecture avec une pop up. Ces premiers éléments vont s’éloigner dans le temps, dans les confins de cet univers virtuel en expansion. Et les internautes pourront l’alimenter avec leurs échantillons de données personnelles. L’ambition est de créer une librairie qui permettra de remonter le temps comme des archéologues, à la recherche de fichiers de plus en plus anciens, témoins d’une époque.

Un peu de presse en ligne :
Paru dans Libération un article de Marie Lechner http://www.ecrans.fr/Hotel-avec-vue-sur-le-monde,15325.html
http://www.machinigamers.com/news-hotel_la_serie_de_benjamin_nuel_sur_arte-123.html
http://www.tous-ecrans.com/2012/fr/fictions-interactives/?filmID=4086
http://www.20minutes.fr/medias/1019695-hotel-web-serie-detourne-codes-jeu-video
http://www.lalibre.be/culture/mediastele/article/765715/hotel-un-monde-en-3d-en-deliquescence.html
http://www.lexpress.fr/actualites/1/economie/arte-lance-mercredi-hotel-une-web-serie-d-animation-inspiree-du-jeu-video_1169351.html

Note d’intention

HOTEL parle de l’attachement à une terre. Que ce soit une terre d’héritage ou une terre d’adoption.

Sans être énoncée dans la série, la destruction du monde a tout de même une raison. Des brèches laissent entrevoir la nature artificielle de ce monde.

HOTEL fait référence au jeu vidéo. Certaines animations des personnages sont faites à partir de banques d’animations préexistantes pour les mouvements primaires (courir, marcher, sauter) qu’on peut retrouver dans le jeu vidéo de guerre, et d’autres mouvements sont beaucoup plus élaborés.

Deux types d’esthétiques cohabitent : une modélisation sophistiquée, riche en détails et en textures (le binôme terroriste/policier), et parfois un vulgaire assemblage de polygones aux couleurs criardes (la poule). La 3D a déjà une histoire avec son archéologie, ses objets primitifs. La poule a ce statut de relique.

Au-delà de l’aspect comique et satirique qui consiste à détourner des modèles archétypaux de jeux de guerres, les personnages se trouvent dotés d’identités propres, qui les poussent à réfléchir à leur individualité et à leur mort. Pourtant leur nature reste celle de personnages de jeu vidéo, multiples, clones, de deux modèles graphiques uniques, et destinés, à l’origine, à tuer et à mourir inlassablement, à l’infini…

Visuellement ça se traduit non seulement par les disparitions déjà évoquées de pans entiers du monde modélisé, mais aussi par des signes plus ténus : un mur dont la texture est un amas de pixels en mouvement, un objet dont la structure est dispersée dans l’espace avant de se remodeler, une porte dont la texture disparaît. Des brèches laissent donc entrevoir la nature artificielle de ce monde.

Par rapport à L’Hôtel, jeu vidéo, il s’agit donc de revenir à une construction linéaire tout en gardant les principes fondamentaux de l’œuvre première : des situations de vacuité, d’ennui, absurdes, un monde en chantier, pas fini, bricolé.

Benjamin NUEL