Lardux films

EN FRICHE

EN FRICHE
15.00 €

Elle dit :
« Il faudrait déshabiller les mots qui racontent cette histoire : Exotisme/ jardin / acclimatation / carte /exposition / colonial pacification / mission / nation… »
Elle dit encore :
« Et aussi déshabiller les images qui racontent cette histoire, les cartes postales. On en choisirait quelques unes qui traceraient un sentier, ou un sens. ..Il faudrait aussi convoquer les acteurs-fantômes de cette histoire…. mais avant, il faut planter le décor. »


Le jardin tropical du bois de Vincennes a été pendant plusieurs décennies une des vitrines de la magnificence de l'empire colonial français. On y exhibait avec fierté des produits issus des colonies, produits de l'agriculture, de l'artisanat, mais aussi des êtres humains. A présent, le jardin tropical est laissé à l'abandon. Des pillages et des incendies ont accéléré la décrépitude naturelle des édifices mais rien n'est mis en œuvre pour préserver ou restaure ce qu'il reste de ce lieu de mémoire. Pourquoi avoir abandonné ce jardin? L'Histoire qu'il cache ou qu'il révèle est elle trop récente? Trop Honteuse? Au-delà de l'étrange et fascinante beauté qui émane des ruines et des friches, l'observation de la lente décrépitude des choses rendues à la nature donnera écho à la question de savoir ce qu'est un lieu de mémoire.

 

Le mot de la réalisatrice:
J’ai longtemps cru aux contes de fées, aux elfes et autres créatures magiques et minuscules qui nicheraient dans les herbes folles et qui envouteraient les jardins. J’ai été cette enfant que le zoomorphisme de la littérature enfantine a ravie. Babar, l’éléphant qui marche debout et porte des costumes verts m’enchantait. Un jour, j’ai compris pourquoi Babar marchait debout. Et son beau costume vert est devenu étriqué et révoltant. Babar avait été pris dans un piège puis exhibé dans la vitrine de l’impérialisme colonial. Il représentait l’acte de civilisation accompli par l’Europe colonialiste.

Il y a peut-être chez moi quelque chose de l’ordre de la culpabilité occidentale que je partage avec des personnes de ma génération. Je suis née à l’époque des décolonisations et cette page de l’histoire ne m’a pas été enseignée à l’école parce qu’encore trop récente. Ce que j’en apprenais venait par bribes, glanées ici ou là selon le bon vouloir de la famille, et son désir, ou non, de répondre à mes interrogations. Cet apprentissage empirique a, j’imagine, quelque rapport avec cette culpabilité non exprimée mais latente. Il ne s’agira pas ici de la formuler directement mais ces impressions d’enfance un peu confuses trouveront peut-être quelque écho.

L’expression exposition coloniale a longtemps sonné comme un clairon, l’orgueil des nations dominantes. Avec le temps, l’expression s’est patinée, a pris des nuances désuètes puis s’est laissée recouvrir d’une poussière qu’on oublie d’essuyer. A proximité de Paris, et notamment dans le bois de Vincennes, subsistent des vestiges de ces expositions comme le Palais de la Porte Dorée, le Zoo de Vincennes, le temple bouddhiste, et plus méconnu, le Jardin Tropical (aujourd’hui jardin René Dumont) de Nogent-sur-Marne.

C’est dans ce site aujourd’hui en ruine, dévasté par les intempéries et le vandalisme, colonisé par une végétation galopante, ouvert au public depuis quelque temps mais totalement désert, que je me suis arrêtée pour élaborer ce projet qui consistera à mieux comprendre la représentation de l’empire colonial, cette vitrine sur l’Autre et l’Ailleurs.

Françoise Poulin Jacob

 

Le mot du producteur:

En friche est le deuxième film de Françoise Poulin Jacob produit par Barbara Levendangeur et Christian Pfohl après le très beau Je vous écris du Havre réalisé en 2010/2011. C’est un film à l’écriture soignée et aux partis pris de réalisation tranchés. Un film personnel. Un documentaire de création comme on l’entend souvent à propos de ces films documentaires dont le traitement, la réalisation, comptent autant que le « sujet ». C’est pourquoi sûrement le CNC lui a accordé une aide à l’écriture puis au développement. Et de fait, aucune télévision n’a voulu de ce film au ton singulier.

Lors de sa présentation a Lussas aux Rendez Vous d’Aout , un atelier de travail sur les projets, nous avons eu le plaisir de voir publié dans la version web du Monde, un article de Clarisse Fabre sur le projet.

Ce film appuie la ou « ça » fait mal, il déconstruit le langage colonial avec style. Ce style on le découvre dans le « film de présentation » qui accompagnait notre dossier. Pas une bande annonce mais presque une séquence du documentaire, un élément de la réalisation. A sa première projection publique a Nogent sur Marne dans le cadre des Journées du Patrimoine, il nous aura valu une lettre, anonyme, violemment contre le film, nauséabonde et raciste...

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un film de Françoise Poulin Jacob, 52mn, 2015, Version Originale Française Sous Titrée Anglais,

Musique Originale Isabelle Berteletti, Image Gilles Poulin, Montage Claude Clorennec, Son Josefina Rodriguez, Mathieu Farnarier, Adam Wolny, Production Barbara Levendangeur et Christian Pfohl

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