Lardux Films
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La série continue !

2018 , long métrage , documentaire

un film de Laurent CIBIEN

une production Lardux Films et Pays des Miroirs, avec la participation de France 3, de TVM, du CNC, de la Procirep et de l’Angoa.

87mn, HD et DCP

Le film-annonce est ci dessous, vous pouvez voir le film entier en VOD et revoir l’épisode 1 : le havre

LE FILM

« Quelle histoire.... ! Mais quelle histoire ! » dit Edouard Philippe dans l’épisode 2... Il faut dire que personne ne s’attendait à ce qu’il devienne premier ministre, ni nous, ni lui... et c’est ce qui est arrivé et rend ce film tout à fait fascinant. Pendant cette période qui court de son élection à la Mairie du Havre jusqu’à sa nomination comme Premier ministre, Laurent CIbien film la métamorphose de son ami. Les enjeux augmentent, être porte parole de Alain Juppé l’amène a énormément fréquenter les médias... le rythme s’accélère, les responsabililtés augmentent... La singularité du travail de laurent est encore plus éclatante dans ce deuxieme episode.

La série sur « la fabrique du pouvoir dans la France Contemporaine » continue...

le dossier de presse complet :

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la revue de presse :

PDF - 26.6 Mo

A la fin de l’épisode 1, Edouard Philippe, visage imberbe et sourire radieux accueillait l’annonce de sa victoire à l’élection municipale au Havre dès le 1er tour, en mars 2014, par un simple : « ça, c’est fait ! ».
Moins d’un an plus tard, lorsque ce 2ème épisode d’Edouard, mon pote de droite débute, la barbe a poussé, et la prochaine chose à faire est encore loin dans le temps : aider Alain Juppé à gagner la Primaire de la droite et du centre prévue en novembre 2016. Fidèle du maire de Bordeaux depuis qu’il a travaillé à ses côtés à la création de l’UMP, Edouard fait partie du 1er cercle. Il est l’un des porte-parole du candidat, et profite du temps qu’il passe à Paris (il est député de Seine-Maritime depuis 2012) pour multiplier les déjeuners avec des journalistes, les interventions sur les chaînes d’infos, les interviews.
Il gagne en notoriété, « il passe des caps », comme le dit son meilleur ami, qui est aussi le directeur de la campagne de Juppé, Gilles Boyer. Ensemble, ils ont écrit un roman policier se déroulant dans le monde politique, « Dans l’ombre », dont la publicité disait : « Le Patron allait être élu. Tout avait été préparé. Et puis... » Mais à l’approche du scrutin, tous les clignotants sont au vert, Juppé est le favori. Edouard peut sérieusement espérer franchir une nouvelle étape de sa carrière et, qui sait ?, entrer dans un prochain gouvernement...
« Edouard, mon pote de droite, épisode 2 : Primaire » est la suite du portrait d’un homme qui n’est pas encore le Premier Ministre d’Emmanuel Macron.

ENTRETIEN AVEC LAURENT CIBIEN recueilli par Salomé Dionisi

« Il me fait confiance, je fais mon boulot, il fait le sien »

Vous filmez Edouard Philippe depuis 15 ans maintenant. Pouvez-vous nous expliquer le dispositif et les conditions pour le suivre ainsi ?

C’est en effet un projet que j’ai initié il y a 15 ans. A partir de 2003, lorsque j’ai retrouvé Edouard Philippe, et jusqu’en 2013, je le filmais de temps en temps, seul et sans trop savoir ce que j’allais faire de ces images. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre comment il construisait sa carrière politique. Cette longue phase a sans doute permis de trouver le ton du film : c’est une discussion entre deux potes, mais avec une caméra. Même avant qu’il soit nommé Premier ministre, je voyais très rarement Edouard en dehors de ces moments où je le filmais. Durant toute cette période, personne ne le connaissait : c’était un apparatchik de l’UMP, puis un adjoint au maire du Havre. Après son élection à la mairie en mars 2014, j’ai continué avec le même dispositif, puisque c’est une série. Sur le deuxième épisode, j’ai dû tourner une cinquantaine de jours entre 2014 et 2017, ce qui est quand même beaucoup. Certaines périodes étaient plus denses et je filmais presque tous les jours, et parfois nous étions plusieurs semaines sans nous voir.

Le « deal » est toujours le même : Edouard me laisse le filmer dans ses activités politiques, mais si d’autres personnes n’ont pas envie d’apparaitre à l’écran, je coupe la caméra. Assez rapidement, je n’ai plus pu aller dans les réunions auxquelles Juppé participait parce qu’il n’avait pas très envie d’avoir une caméra dans les moments de concertation avec son équipe. Certains journalistes ont également refusé que je filme leurs discussions en « off » avec Edouard, à l’occasion de déjeuners de presse par exemple, mais pas mal ont accepté, ce qui m’a agréablement surpris. A aucun moment Edouard ne m’a demandé à voir les images. Je lui montre le film terminé, avant tout le monde, comme je le montrerais à n’importe quelle personne qui accepte de faire l’objet d’un portrait pendant 90 minutes, mais il n’y a aucune forme de censure de sa part. Il me fait confiance, je fais mon boulot, il fait le sien et tout se passe très bien comme ça.

« Les primaires sont le décor. C’est un film sur Edouard, dans ce contexte là. »

Vous travaillez donc de manière très libre sur ce projet ?
Oui, et j’ai d’ailleurs beaucoup de chance, parce que le projet bénéficie d’une très grande liberté à tous les niveaux. Je n’ai été soumis à aucune exigence, ni de la part de Christian Pfohl (mon producteur, de la société Lardux Films), ni de la part du diffuseur.

A l’origine, France 3 avait aimé et acheté le premier épisode, que nous avions produit avec le soutien d’une chaine locale de région parisienne TVM Est Parisien. Ils avaient donc apprécié le film et le personnage. Pour le deuxième épisode, Emmanuel Migeot, le responsable des documentaires de France 3, craignait, et c’était parfaitement compréhensible, que la primaire de la droite et du centre n’intéresse plus grand monde un an et demi plus tard, et nous avions donc convenu d’un format court de 52 minutes.

Cependant, après une longue phase de montage, avec Claude Clorennec, le chef-monteur, nous leur avons quand même présenté une version de 90 minutes qui nous semblait plus cohérente. Je trouve qu’une chaîne de télévision qui se déplace pour voir un film qui ne fait pas le format convenu, et qui va, en plus de ça, décider de le diffuser tel quel parce que le film leur plait, c’est suffisamment rare pour être souligné. Je sais aussi qu’ils ont changé d’avis parce que finalement, ce film ne raconte pas l’histoire des primaires. Les primaires sont le décor. C’est un film sur Edouard, dans ce contexte là.

Alain Juppé et les autres candidats n’ont pas une place importante dans le film ?
Non, on ne les voit presque pas. Nous nous sommes très vite rendu compte au montage que les petites histoires des primaires, les querelles, les petites phrases de campagnes n’allaient pas résister au temps. Ce qui était important, c’était les réactions d’Edouard, son parcours. Je pense que ce sont ces éléments qui font qu’on peut regarder le film sans se dire : « les primaires, on s’en fout ! ».

« ... d’une certaine façon on peut voir le film comme l’accession d’Edouard au premier plan politique ;"

Vous parlez de portrait, ou de film visant à montrer des choix de carrière politique. Est-ce que ce film montre l’accession d’Edouard Philippe à Matignon, en tant que premier ministre d’Emmanuel Macron ?
En creux probablement oui, mais ce n’était pas le sujet du film. Lorsqu’il est élu maire du Havre, Edouard, bien que député, n’est pas très connu au niveau national. Quelques mois après, Juppé se déclare candidat à la primaire et fait d’Edouard son porte-parole. Je trouve que c’est une situation prometteuse pour l’épisode 2 : il est au service de quelqu’un d’autre, d’un “patron”. Mon interrogation principale, et donc le thème du film était : que veut vraiment dire « porter la parole » ? C’est à la fois l’idée de « porter », c’est physique, quelque chose de lourd et puis évidemment c’est une réflexion sur le langage : allait-il garder sa liberté de ton et d’expression, ou succomber à la langue de bois ?.

Je me suis beaucoup intéressé à son rapport avec les journalistes, ce qui est le rôle principal du porte-parole : les discussions, les émissions, les déjeuners de presse. Je ne savais évidemment pas comment la campagne allait se terminer, et certainement pas qu’il allait finir Premier ministre d’Emmanuel Macron. C’était un scénario impossible à imaginer : si j’avais écrit une fiction, personne n’y aurait cru. Le film raconte donc comment il change, comment il prend un peu plus d’assurance, comment il maitrise de plus en plus les codes, le langage, ses idées, et comment il prend de plus en plus la lumière. Ce n’est probablement pas parce qu’il était porte-parole de Alain Juppé que Emmanuel Macron l’a nommé premier ministre, mais il est fort possible que la notoriété qu’il a acquise à ce moment là a joué dans le choix de l’actuel président. Donc oui, je pense que d’une certaine façon on peut voir le film comme l’accession d’Edouard au premier plan politique, et donc aux responsabilités aujourd’hui.

« ... je fais des films d’histoire, mais d’histoire immédiate... »

Cependant, quand vous avez réalisé le montage, vous aviez connaissance de ces nouveaux éléments. Ont-ils influencé la façon dont vous avez monté le film ? Comment avez-vous réfléchi à la construction du récit une fois l’élection passée ?
Il est certain que ce projet prend des chemins inattendus. Avec Claude, nous avons évidemment pris en compte le fait qu’Edouard est devenu premier ministre pour construire la narration. Nous sommes obligés de nous mettre dans la position du spectateur qui, lui, sait ce qu’il s’est passé. Nous avions d’ailleurs entamé une première phase de montage avant les élections présidentielles, en janvier-février 2017. Nous avons finalement reporté ce travail lorsque les affaires de François Fillon sont venues bouleverser la campagne, et que nous nous sommes rendus compte que chaque image pouvait prendre des sens différents en fonction de la manière dont les choses allaient évoluer. Evidemment, la nomination d’Edouard à Matignon a été un coup de tonnerre invraisemblable pour le film (et pas que !). En reprenant le montage quelques mois après, la situation était claire, et le pacte avec le spectateur aussi : « le gars dont on va vous parler est actuellement premier ministre, mais ce n’est pas ce que le film va vous raconter (mais un peu quand même... ) ».

Ce qui rend cet exercice assez inédit, et d’un point de vue de réalisateur absolument passionnant, c’est que d’une certaine façon, je fais des films d’histoire, mais d’histoire immédiate. C’est, d’une certaine façon, un film (déjà) d’Histoire parce que je suis les activités d’un homme politique sur une période en essayant de voir ce qu’il se passe dans sa carrière pour qu’il en arrive là ; mais l’archive qui me permet cela, je la fabrique moi-même !

« ...il y a toujours ce côté vertigineux d’une série, d’un film qui se poursuit indéfiniment... »

Justement, le fait que ce projet soit une série influe-t-il sur ce processus de création d’archives ?
Le fait que ce projet soit, en plus, une série implique que je tourne des séquences qui deviennent potentiellement des éléments d’archive pour le prochain film. Il y a une sorte de dialectique entre le réel et le film, le présent et le passé, qui donne l’impression que l’histoire n’est jamais terminée. Aujourd’hui, le film sort sur la primaire et Edouard est premier ministre, mais l’histoire n’est pas terminée puisque je continue à le filmer, que l’épisode suivant est en cours, et que du coup, peut-être que la vision de celui-là va jouer un rôle dans le film suivant...

Nous nous sommes donc lancés sur le projet d’un troisième épisode, « aux manettes ». Il tournera autour de l’exercice du pouvoir, et non plus de sa conquête. Nous avons des discussions (filmées bien sur) à intervalles plus ou moins réguliers, Edouard essaye de me raconter comment les choses se passent de l’intérieur, si possible avec le même ton. Bien sûr, il me raconte ce qu’il a envie de me raconter. Je ne m’intéresse pas aux polémiques qui font le miel de l’actualité politique, je travaille sur le temps long.

Il y a toujours ce côté vertigineux d’une série, d’un film qui se poursuit indéfiniment ; et l’idée de la série, c’est quelque chose de très amusant à travailler, et qui a été fortement inspirée par Barbara Levendangeur. Elle était, avec Christian Pfohl, la première productrice de notre film précédent. Lorsque je lui ai parlé de mes premières images d’Edouard, elle m’a fait découvrir des séries américaines comme The Wire. Elle m’avait soufflé l’idée d’un feuilleton ou une série sur Edouard. Malheureusement elle est décédée avant que le premier épisode ne soit terminé, mais je crois vraiment qu’elle m’a amené dans une direction passionnante, sans que nous ne réalisions à quel point.

Notre technique de montage elle-même est particulière d’ailleurs. Avec Claude, nous travaillons un peu comme si on taillait un diamant : lors du montage, nous passons énormément de temps à retirer des séquences, comme pour enlever des facettes d’une pierre, les unes après les autres, jusqu’à donner forme au diamant. Quelqu’un d’autre le taillerait très probablement autrement. Et le diamant est unique, tout comme le film l’est. Il y a plein de films possible dans un seul film, parce qu’on fait des choix de séquences et qu’on enlève énormément de matière. C’est vraiment l’impression que j’ai avec cette série, et encore plus spécifiquement sur ce deuxième épisode. Parce que nous avons monté ce film maintenant, alors qu’Edouard est Premier ministre, le résultat n’est probablement pas le même que s’il ne l’était pas... Donc vous pouvez le constater, ce film n’est pas du tout construit sur le papier : il prend forme sur l’écran, au fur et à mesure.

« ... mon outil c’est le cinéma ... »

En filmant Edouard Philippe aussi régulièrement et en étant si proches tous les deux, vous n’avez pas peur de faire de cette série un objet de communication pour lui ?
Je crois que ce n’est pas mon problème. Moi je ne fais pas de communication, j’essaye d’avoir un point de vue d’auteur, un regard sur qui il est, en assumant un certain nombre de choses clairement énoncées dès le début : c’est un pote et je l’aime bien pour plein d’aspects, mais je ne suis pas d’accord avec lui politiquement. En même temps, je ne suis pas du tout un éditorialiste ou un élu : je ne me mets pas à son niveau pour avoir une discussion politique. Je sais où est ma place, mon outil c’est le cinéma, ce ne sont pas les dossiers ou l’idéologie.
Après, si lui s’en sert comme outil de communication ou pense que ça peut le servir, ce n’est pas mon problème au fond. Ce n’est pas l’objet du film, et je pense qu’il n’est pas réductible à ça. J’essaye de laisser au spectateur une grande marge d’appréciation. Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule lecture possible à ce film. Je crois qu’il est polysémique, selon l’endroit et la façon dont on le regarde, ses présupposés etc. A mon avis, des gens qui n’aiment pas Edouard vont, par principe, le voir autrement que des gens qui l’aiment bien, et peut-être aussi que des gens vont changer d’avis dans un sens ou dans un autre...
C’est vraiment le travail du spectateur ; moi j’ai fait celui du réalisateur.

Vous parlez d’une relation d’amitié et à la fois d’un désaccord politique. Dans ce film, vous le regardez plutôt avec l’oeil du réalisateur, de l’ami, ou du citoyen de gauche ? Quel place prend cette relation dans le film ?
Dans ce film, il y a vraiment une évolution par rapport au premier épisode. Pendant les municipales, j’étais très en observation : nous étions sur une élection locale, peu idéologique... Forcément dans ce deuxième épisode, il est porte-parole d’un candidat de droite et propose des solutions avec lesquelles je peux avoir des désaccords profonds. Cette situation a donc plus permis de mettre en avant des formes de conflit. On ne se fout pas sur la gueule évidemment, mais on se dispute : je le cherche, j’essaye de faire apparaitre des contradictions, des impasses, des aveuglements... Et on sent probablement plus dans ce film cette forme d’opposition politique qu’il y a entre nous, mais toujours en restant à ma place. Je suis derrière ma caméra, j’ai des convictions et j’interroge mon pote qui a des convictions aussi, et qui sont non seulement opposées, mais qui sont en plus devenues son métier : il maîtrise les dossiers, il est formé pour ça et il y travaille toute la journée. J’essaye de le faire apparaitre autrement, et notamment sa personnalité, à travers le cadrage, le montage et les divers outils de cinéma.

« ... quand j’ai commencé à filmer Edouard, il y avait à la fois sa singularité en tant qu’individu, mais aussi la dimension archétypale du personnage... »

Il semble que le premier film visait plutôt à montrer le système politique actuel à travers la personnalité d’un homme. Aujourd’hui on voit que le récit se resserre plus sur la personnalité d’Edouard Philippe compte tenu de ses responsabilités. Avez-vous l’impression que l’évolution va suivre son cours pour le troisième épisode ?
Je ne peux jamais vraiment prévoir comment va évoluer la série, et encore moins l’épisode 3. Après, je dis souvent que, sans en avoir la formation, je me sens parfois comme un anthropologue qui observerait le chef de la tribu ; sauf que cette tribu c’est la mienne. La question que je me pose en faisant le film est la suivante : comment une tribu fonctionne t-elle ? D’une certaine façon, quand j’ai commencé à filmer Edouard, il y avait à la fois sa singularité en tant qu’individu, mais aussi la dimension archétypale du personnage : sa formation, ses réseaux, son parcours... Tout ça avait quelque chose d’assez typique et de contemporain.

Vous trouvez qu’il est représentatif de quelque chose ?
Ah oui ! Singulier aussi évidemment, sinon ils deviendraient tous Premier ministre ; mais à travers ce portrait je pense qu’il y a cette dimension représentative. Et je dirais même que j’ai été incroyablement servi par cette élection présidentielle parce que, quand j’ai commencé à le filmer il y a 15 ans, je ne réalisais pas à quel point il était au centre de gravité de cette évolution politique en France. S’il est là où il est, c’est aussi parce qu’il est typique de cette classe politique contemporaine à « l’ère Macron ». Et je trouve que c’est assez fantastique de pouvoir documenter ça. Donc je pense continuer à travers cette série à faire un portrait, mais un portrait qui aspire à nous raconter l’organisation politique dans laquelle on vit.

Propos recueillis par Salome Dionisi